Syndicat CGT Transports
Les Coursiers à Vélo Toulousains
Les liraisons au bout du monde et dans des zones dangereuses :
Une aberration tant par la distance que par le danger d'y aller à vélo
Les conditions hivernales, (froit, humidité, ...), sont également éprouvantes pour des travailleurs qui n'ont pas de local ou se réchauffer
Eté comme hiver, les coursiers Just Eat n'ont pas de locaux à Toulouse.

L’hiver est là

Coursier Just Eat solitaire se réchauffe dans une laverie

Après le lancement de Just Eat Takeaway à Toulouse fin Mars, et après une saison estivale qui nous donnait soleil et grand sourire, cette année, sans pitié, l’hiver arrive de façon prématurée. Certains découvrent ce que signifie de travailler dans les rues en hiver à vélo, certains d’entre nous avons déjà une expérience du travail "à l’air libre". Mais ce qui est sûr c’est que nous découvrons tous ce que signifie livrer avec Just Eat Takeaway en hiver.

Une chute des températures a frappé Toulouse en novembre atteignant des températures proches de 0°C ressentis les matins et ne dépassant pas les 8°C dans la journée.La nuit tombe tôt, l’activité n’est pas très importante pour ce début de soirée, mais le brouillard tombe tout de même, lentement, pour nous accompagner tout au long de la soirée. Je mets les sous vêtement thermiques nécessaires, chaussettes de ski, gants et veste d'hiver avec l’enseigne de Just Eat, me dirige vers mon Hotspot (point de départ), et, ne voulant pas perdre de chaleur, la bataille contre le froid commence. 

J’ai décidé de déscendre dans métro comme j’avais pris l’habitude quelques jours auparavant, mais cette fois-ci par malchance, après 15 minutes, un agent de sécurité se rapproche de moi pour me demander de partir, prétextant que les agents de vidéo surveillance trouvent cela suspect. En même temps, vu le volume du sac, ça peut se comprendre. Tant pis.

En cherchant un nouveau point pour me réchauffer je reçois une première mission (commande) à livrer, muscles tendus par le froid, je saute sur mon vélo. Les premiers pédalages sont rigides, mais avec le temps, le corps commence à s’échauffer. Repas livré au client, la deuxième bataille s’enchaîne, à quel endroit je me réchaufferai cette fois-ci ? Je décide de me mettre à l’abri juste devant un immeuble, mais après quelques minutes et le manque d’activité je décide de trouver une autre solution. C’est à ce moment que la laverie me saute aux yeux, vide, pour ne pas gêner les clients, et certainement bien chaude. Je peux rester quelques minutes avant de recevoir une autre mission.

Le bonheur dure peu, une mission m’est assignée et l'activité de livraison recommence, le choc de passer du chaud au froid est dur, mais on est là pour ça. On ne voit plus rien, le brouillard est d’une telle densité qu’il faut rouler avec plus de précautions. Le métier étant, de base, dangereux , le minimum en soirée, c’est de se munir d’une paire de lampes pour vélo, afin d'être vu. En ce qui me concerne, j’utilise mes phares personnels mais je me demande si tous me collègues en ont. Certains étant étudiants et ne pouvant pas se permettre d’acheter des phares, qui pourtant font partie de leur propre sécurité sur le vélo. 

Ma dernière commande m'amène à Jolimont, c’est presque la fin de mon shift. Après les livraisons, je me pose devant un bâtiment pour me protéger encore une fois du froid et je réfléchis.

Ce qui est surtout impactant, c’est que l’entreprise a beau à dire que “la sécurité du livreur est la priorité”, on nous a fourni un casque certes mais qui n’est pas vraiment adapté, (sans molette de réglage), mais surtout, quand on se trouve sous la pluie ou sous un brouillard parfois si dense, on se demande où sont les lumières que Just Eat aurait dû nous donner pour des raisons de sécurité, et ce depuis notre embauche.

Un résident rentre chez lui et me demande si je veux rentrer pour rester au chaud, je ne veux pas gêner et je refuse.

Avec des itinéraires souvent inadaptés pour les vélos qui nous imposent des trajets dangereux, le GPS suggérant même, parfois, d'emprunter le périphérique, le manque d’équipements de sécurité, y compris de phares, pourtant impératifs et qui bien souvent feront la différence entre rentrer chez soi sain et sauf, ou peut être ne pas rentrer.

N’ayant pas un local où se réchauffer, où l’on puisse se restaurer, ou attendre entre deux shifts ; ayant un équipement sans bandes rétro réfléchissantes, ni sur le sac, ni sur les vestes d'hiver comme d'été, sans éclairage pour les shifts du soir, sans un casque adapté, sans un itinéraire adapté pour les vélos, sans un Live Op - dispatcher basé à Amsterdam - compétent et formé correctement sur les sujets de sécurité, on se demande avec inquiétude à quel point la sécurité du livreur employé est vraiment leur priorité. 

Le même résident sort une deuxième fois pour chercher sa commande livrée par un livreur Deliveroo en scooter et me propose encore une fois avec pitié de rentrer dans sont bâtiment. Je regarde l’heure. J'exprime mon appréciation de sa gentillesse, et le remercie, tout en refusant. C’est la fin de mon shift. Mains et pieds gelés, corps fatigué et contracté, avec enthousiasme, je saute sur mon vélo pour rentrer et me retrouver dans la chaleur de mon appartement.

Je laisse pour demain la prochaine bataille du froid.

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